C’est la question la plus ennuyeuse de mon métier, et celle qui provoque le plus de silences gênés en rendez-vous.
Elle n’a jamais aucune importance, jusqu’au jour où elle en a énormément : quand le site tombe, quand le prestataire ne répond plus, quand il part à la retraite, quand vous voulez changer, ou quand le nom de domaine arrive à échéance sur une carte bancaire qui n’existe plus.
Ce jour-là, la question devient la seule qui compte, et il est souvent trop tard pour la poser tranquillement.
Trois choses différentes, qu’on confond tout le temps
Il faut d’abord séparer ce qui est mélangé dans la tête de presque tout le monde.
Le nom de domaine, c’est l’adresse : votre-entreprise.fr. Elle se loue à l’année auprès d’un bureau d’enregistrement, et elle appartient à celui qui est inscrit comme titulaire. Ce n’est pas forcément celui qui paie.
L’hébergement, c’est l’ordinateur allumé en permanence qui garde vos pages et les envoie aux visiteurs. C’est un autre abonnement, souvent chez un autre prestataire.
Le site lui-même, ce sont les fichiers et la base de données. C’est votre contenu, vos photos, vos textes.
On peut parfaitement être propriétaire de l’un et pas des autres. Le cas le plus douloureux que nous rencontrions, c’est le dirigeant qui possède son contenu mais pas son adresse : il peut partir, mais pas emmener son référencement.
Comment vérifier, en cinq minutes
Pour le domaine, cherchez « whois » suivi de votre nom de domaine dans un moteur de recherche, ou passez par le site de l’Afnic pour un .fr. Vous verrez le titulaire déclaré et la date d’échéance. Notez cette date dans votre agenda dès maintenant.
Si le titulaire est une personne ou une société qui n’est pas la vôtre, ce n’est pas forcément malveillant : beaucoup d’agences ont enregistré des domaines à leur nom en 2012 sans y penser à mal. Mais c’est à régulariser, et ça se fait en quelques jours quand tout le monde est de bonne volonté.
Pour l’hébergement, regardez qui vous facture, ou demandez à votre prestataire le nom de l’hébergeur et l’identifiant du compte.
Pour les accès, vous devez pouvoir répondre à trois questions : ai-je un compte administrateur sur mon site, ai-je accès à l’espace client de l’hébergeur, ai-je accès à ma fiche Google en tant que propriétaire et pas seulement comme gestionnaire ?
Le point à retenir : vous n’avez pas besoin de gérer vous-même votre domaine, votre hébergement et vos accès. Vous avez besoin de pouvoir les récupérer sans l’accord de personne. Ce n’est pas la même chose, et c’est tout l’enjeu.
Si la réponse est « je ne sais pas »
Ne paniquez pas, et surtout ne commencez pas par accuser qui que ce soit. Dans l’immense majorité des cas, c’est de la négligence partagée, pas de la mauvaise foi.
Écrivez à votre prestataire un message simple : je souhaite vérifier que le domaine est bien à mon nom, connaître la date d’échéance, et disposer d’un accès administrateur à mon site. Une entreprise sérieuse répond en deux jours et trouve la demande normale. Nous la recevons régulièrement, et c’est un bon signe sur le client qui l’envoie.
Si vous n’obtenez pas de réponse, ou une réponse évasive, vous avez votre information, et il faut agir avant l’échéance suivante, pas après.
Le scénario qu’on voit revenir
Une entreprise de la région, site fait en 2016 par quelqu’un qui a arrêté son activité. Le domaine se renouvelait tout seul sur une carte qui a expiré. Personne ne l’a vu, parce que les alertes partaient sur une adresse e-mail que plus personne ne consultait.
Le domaine tombe, le site disparaît, les e-mails professionnels avec, puisqu’ils dépendaient du même nom. Il existe une période de réservation pendant laquelle on peut récupérer une adresse expirée, mais elle ne dure pas, et une fois le délai passé le nom peut être repris par n’importe qui.
Le coût réel n’est pas dans la récupération. Il est dans les jours sans e-mails et dans les positions perdues dans Google.
Les adresses e-mail, le point qu’on oublie toujours
Si vos e-mails se terminent par votre nom de domaine, ils dépendent du même abonnement que votre site. C’est pratique, c’est professionnel, et c’est un point de fragilité que personne n’anticipe.
Le domaine tombe, les e-mails tombent avec. Vous ne recevez plus les demandes de devis, ni les commandes, ni les alertes de votre banque, et vous ne le savez pas tout de suite, parce qu’une boîte silencieuse ressemble à une journée calme.
Trois précautions, qui prennent chacune deux minutes. Vérifiez que l’adresse de contact déclarée chez votre hébergeur et votre bureau d’enregistrement est une adresse que quelqu’un lit vraiment, et surtout pas une adresse en votre-domaine.fr, sinon les alertes de panne arrivent sur le service en panne. Ajoutez une adresse personnelle de secours. Et si vos e-mails contiennent des échanges que vous devez conserver, assurez-vous qu’ils sont aussi ailleurs que sur le serveur.
Ce que ça donne quand c’est propre
Le domaine est au nom de votre société, avec une adresse e-mail de contact que quelqu’un lit vraiment, et un renouvellement automatique sur un moyen de paiement valide.
L’hébergement est identifié, vous savez chez qui et vous pouvez y accéder.
Vous avez un compte administrateur sur votre site, même si vous ne l’utilisez jamais.
Vous êtes propriétaire de votre fiche Google, et votre prestataire y est gestionnaire.
Et il existe une sauvegarde ailleurs que chez l’hébergeur, parce qu’une sauvegarde stockée au même endroit que le site ne protège de rien.
C’est exactement ce que nous mettons en place quand nous prenons en charge l’hébergement d’un site, et nous le mettons par écrit : tout est au nom du client, y compris quand c’est nous qui payons et qui surveillons. Ça ne se plaide pas, ça se vérifie, et vous pouvez le vérifier ce matin en cinq minutes, quel que soit votre prestataire.
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